Conte - l'érmite de l'étang
Vallée de Straiture
Dans le temps, " ennséqouan " ( en patois : on ne sait quand ),
le chemin le plus court pour aller de Clefcy à Gérardmer,
prenait en face de la Pierre du Chartel ( en patois : Lè pîre dé Dîte )
qui domine La Bergerie.
Ce chemin, franchissait un petit ruisselet sur une pierre plate énorme,
et montait par Hervafaing vers Plainfaing.
C'était un chemin abrupt, rocailleux, qui,
de ce cirque glaciaire du Plainfaing, grimpait à celui de l'Étang.
Et de là, une pente plus raide encore, on atteignait Phonie,
avant de redescendre à Xonrupt, par le sentier des cossenates
(féminin de cosson, en français du 12ème siècle, vendeur.
De pauvres gens de notre vallée, empruntaient
ce mauvais chemin, chargés d'une lourde hotte,
pour aller vendre à Gérardmer,
quelques produits de leur ferme.)
Les voyageurs évitaient ainsi, le défilé de Straiture,
très encaissé et bien plus long.
Sur ce trajet, ils ne rencontraient que très peu d'habitations.
A l'étang, comme au Plainfaing, existaient encore,
jusqu'à la dernière guerre, quelques fermes.
C'est là que se déroula un drame, transmis par la tradition orale,
selon une sinistre légende, évoquée dans tous les récits anciens,
parlant de notre vallée.
(Légendes évoquées par Charton,
dans le Guide des Vosges et des Ardennes,
d'A. Joanne ed hachette 1868).
L’Ermite de l'Étang était un personnage mystérieux,
qui vivait là haut dans une masure, au bord du grand chemin.
Il avait même construit un petit oratoire.
On ignorait tout de son passé.
On le croisait parfois sur les chemins et il ne fréquentait personne.
Il ne connaissait que ses plus proches voisins, les gens du Plainfaing.
A plusieurs reprises, il avait invité les trois filles
de cette ferme à venir le voir.
Après avoir bien hésité,
elles décident de s'y rendre un dimanche après-midi.
Mais il était absent.
Alors, voulant lui faire une surprise, elles se dissimulent derrière une haie.
Elles n'attendent pas bien longtemps...
Un pas lourd retentit.
Terrorisées, elles aperçoivent l'homme chargé d'un cadavre,
qu'il jette à terre devant sa porte, et le fouille méthodiquement.
Il trouve seulement quelques liards...
Et elles l'entendent alors s'exclamer à voix haute :
" Pauvre diable, tu as donné ta vie à bon marché ! ".
Il reprend alors le cadavre pour aller le jeter dans l'étang.
Les trois filles épouvantées redescendent au Plainfaing,
et racontent ce drame horrible.
L'une d'elles en perd la raison, les gens d'armes, alertés,
arrêtent le faux ermite qui est condamné au supplice.
En vidant l'étang, on retrouve les ossements de plusieurs de ses victimes.
Cette légende a tellement frappé les gens de notre vallée,
qu'elle est parvenue jusqu'à nous, par tradition orale.
Mon père nous l'a racontée.
Quand j'étais enfant, il m'a même montré
les ruines de la maison de cet hermite.
D'après lui, ce bandit accueillait les voyageurs fatigués,
pour les réconforter, et, dès qu'ils avaient franchi le seuil,
ils tombaient dans une cave par une trappe qui basculait.
Personne, je crois, n'a tenté de retrouver
dans les archives, les traces de l'évènement.
Mais cette légende pourrait bien
avoir pour origine un fait divers réel.
Le dernier cultivateur de l'étang, P G,
avait mis à jour en travaillant la terre,
sur un petit monticule au bord du chemin,
des fragments de statuettes
et des morceaux de tuiles du petit oratoire,
qui a dû réellement exister là.
La fille de PG, m'a montré son emplacement..
Jean Durand, Scierie du Lançoir, Vallée de Straiture, Clefcy
Merci à Lui et à jacques Voyen
Sera illustré prochainement